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Réseaux sociaux et crises sanitaires : le cas des opioïdes

Utilisés dans la prise en charge de la douleur, les opioïdes peuvent donner lieu à des risques de dépendance et d’abus. De la consommation excessive de ces substances découle une crise sanitaire et un problème de santé publique complexe particulièrement aux États-Unis. Dans cet article, nous allons faire un état des lieux de la crise des opioïdes avant de traiter l’intérêt de l’analyse des réseaux sociaux qui peut fournir des informations utiles lors de crises sanitaires.

Les opioïdes, une crise sanitaire majeure

Les opioïdes sont des substances pharmacologiques principalement utilisées pour soulager la douleur. [1] [3]

En France, l’amélioration de la prise en charge de la douleur s’est logiquement accompagnée d’une augmentation de l’utilisation des antalgiques opioïdes. Malgré leur efficacité dans la lutte contre la douleur, les opioïdes présentent un risque de mésusage. En effet, la consommation de ces médicaments entraine une dépendance et une accoutumance. Il en résulte une augmentation progressive de la dose pour maintenir les effets chez certains patients. En complément, un syndrome de sevrage est associé à l’arrêt ou la réduction de la consommation. Tous ces facteurs provoquent une altération du contrôle de l’utilisation pouvant aller jusqu’au décès par overdose. Par ailleurs certains opioïdes font l’objet d’un usage récréatif sous la forme d’une boisson appelée « purple drank ». Ainsi, bien qu’ils soient le plus souvent consommés à bon escient, les opioïdes peuvent faire l’objet de mésusages avec des conséquences sanitaires. En parallèle, il apparaît difficile de restreindre leur utilisation tant les risques de report sur des substances illicites telles que l’héroïne sont importants. [1] [3] [4]

Illustration by Golden Cosmos

Une crise sanitaire majeure liée aux opioïdes a débuté depuis plusieurs années outre-Atlantique. En effet, les États-Unis enregistrent une augmentation des décès associés à la consommation de ces substances depuis les années 1990. Cela résulte de la prescription exagérée et inadéquate d’opioïdes combinée à un défaut de contrôle de la promotion pharmaceutique par les autorités sanitaires américaines. Aujourd’hui, la prescription de ces médicaments entraine le décès de plus de 17 000 américains par an suite à un surdosage. [1] [2] [3]

Ce problème de santé publique s’est depuis étendu à d’autres pays et on a pu ainsi observer que la prescription mondiale de médicaments opioïdes s’est multipliée par deux entre 2001 et 2013. Bien que certaines dérives existent, la situation en France est moins alarmante du fait d’une politique sanitaire différente. Cependant, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a récemment dressé un état des lieux pour mesurer l’importance de la crise des opioïdes en France. Nous allons voir dans quelle mesure l’analyse des réseaux sociaux peut apporter des informations complémentaires sur la consommation de ces produits. [1] [2]

Les réseaux sociaux, une source d’information précieuse pour la santé

Le numérique a considérablement modifié notre façon de communiquer. Désormais, les réseaux sociaux occupent une place de plus en plus importante dans notre quotidien et cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir. Aujourd’hui, 58% des Français soit près de 40 millions d’individus sont des utilisateurs réguliers des réseaux sociaux.

La santé n’échappe pas à cette transformation de la communication. En 2018, une étude menée par Odoxa pour le Health Data Institute a révélé que 29% des Français se sont déjà exprimés à propos de leur santé sur le web. Sous certaines conditions, 61% d’entre eux seraient prêts à fournir plus de données aux acteurs du secteur de la santé. [5]

Cette masse d’informations constituent une ressource précieuse pour la recherche médicale. L’analyse des données de santé issues des réseaux sociaux permet notamment de mener des évaluations sur les problèmes de santé publique tels que la crise sanitaire des opioïdes.

Apport de l’analyse des réseaux sociaux sur la crise sanitaire des opioïdes

Grâce à l’analyse des réseaux sociaux, il est possible d’obtenir des données de vie réelle générées de façon spontanée et diminuant le biais induit par le rapport particulier entre professionnels de santé et patients. C’est dans ce contexte que Kap Code a développé Detec’t, une solution de recherche et d’analyse des données sur les réseaux sociaux.

Analyse des réseaux sociaux sur les opioïdes

Pour les consommateurs d’opioïdes, les réseaux sociaux constituent un espace d’échange neutre. Au sein de cet espace, ils peuvent échanger des informations sur le mésusage comme les doses procurant des effets récréatifs, le mélange de produits ou encore la gestion de la descente. Afin d’extraire ces informations concernant la consommation de ces substances, Kap Code a mené une évaluation à l’aide de Detec’t.

Au cours de cette évaluation, plus de 41 000 messages postés par près de 15 000 internautes ont été analysés. Il en ressort en premier lieu que la personne moyenne s’exprimant est une femme comme le patient moyen consommateur d’opioïdes décrit dans le rapport de l’ANSM. En revanche, on observe un âge moyen de 34,2 ans contre 52 ans dans le rapport. Ensuite, la crainte liée à l’utilisation des opioïdes et le partage d’expérience sur le sevrage se classent dans le top 5 des thèmes abordés par les internautes dans les discussions. Enfin, la dépendance qui constitue le risque majeur du traitement se trouve parmi les 10 concepts médicaux qui sont le plus fréquemment mentionnés dans les messages. Si vous souhaitez obtenir plus d’information concernant cette évaluation, retrouvez ci-dessus l’ensemble de l’analyse des réseaux sociaux sur les opioïdes.

Pour en savoir plus sur Detec’t, vous pouvez visiter notre site ou nous contacter par email via hello@kapcode.fr.

[1] ANSM (2019). État des lieux de la consommation des antalgiques opioïdes et leurs usages problématiques. Disponible à l’adresse : https://www.ansm.sante.fr/content/download/157015/2058811/version/3/file/Rapport_Antalgiques-Opioides_Fev-2019_3.pdf_2019-03-06.pdf
[2] Catalifaud, C. (2019). « Crise des opioïdes : conséquence d’un mésusage en postopératoire ». Le Quotidien du Médecin. [Consulté le 19 avril 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2019/04/12/crise-des-opioides-consequence-dun-mesusage-en-postoperatoire_867880
[3] Authier, N. (2019). « Crise des opioïdes : comment l’Agence du médicament compte éviter l’emballement en France ». Le nouvel Obs. [Consulté le 19 avril 2019]. Disponible à l’adresse : https://www.nouvelobs.com/sante/20190221.OBS0622/crise-des-opioides-comment-l-agence-du-medicament-compte-eviter-l-emballement-en-france.html
[4] Ivana Obradovic, « La crise des opioïdes aux États-Unis. D’unabus de prescriptions à une épidémie aiguë », Potomac Papers, n°35, Ifri, décembre 2018.
[5] Odoxa (2018). Les données de santé sur internet et les réseaux sociaux. Disponible à l’adresse : http://www.odoxa.fr/sondage/parler-de-sante-ligne-pratique-loin-detre-marginale-aider-recherche